Tout a commencé lorsque j’ai osé me rendre sur la 20, l’autre bord du Pont Pierre-Laporte; petite aventure de tourisme me direz-vous et tout à fait normal pour le québécois qui n’a jamais peur des grandes étendues mais moi, la française, je m’étais enracinée les pieds en Mauricie. J’en avais pourtant déjà vu des lieux autres, sur le vieux continent comme on dit, des routes de campagne si étroites que vous vous demandez si ça va passer , des paysages qui ont des millénaires d’histoire, et j’avais même osé traverser un océan pour en découvrir d’autres tout aussi époustouflants mais je n’avais jamais traversé le fleuve. Et puis me voilà dans mon char, à écouter ma musique tranquille et là, peu après Montmagny, je me suis fait avoir! Au détour d’un bout d’asphalte, je l’ai aperçu, majestueux, scintillant, immense et serein. Il n’y avait que ça et c’était tout! Je me suis laissée captiver par cette splendeur, mon être s’est vu chavirer en répétant en boucle « c’est beau, mon dieu que c’est beau! » et mon âme s’est subitement retrouvée en mode « zénitude ». Plus les kilomètres s’allongeaient, parce que oui il y en des kilomètres à faire pour atteindre le paradis, plus mon apaisement grandissait.

Je vous promets qu’à partir de ce moment-là, vous ne porterez plus attention ni aux pancartes, ni aux nombreux camions qui circulent, ni même au moment de la journée, vous serez dans le moment. Et puis vous descendrez cette côte, cachée à travers les arbres et deux tronçons d’autoroute, vous le perdrez de vue et subitement, vous plongerez en son cœur. Il sera là, à portée de mains, tel un hôte bienveillant, vous accueillant chaleureusement avant de rentrer dans la ville. Vous verrez le traversier au loin, les ondulations des vagues ou la glace à l’infini, vous serez à marée haute ou basse mais peu importe car il vous happera et vous n’aurez qu’une envie, celle de vous en approcher. À partir de là, risquez! Aller courir le long du fleuve jusqu’à La Pointe, acceptez ce souffle frais toujours présent qui transporte des odeurs que vous n’aurez pas encore connues, laisser le flot couler entre vos doigts, assoyez-vous sur un rocher et écoutez l’équilibre, laissez vous pénétrer par les plus beaux couchers de soleil qu’il ne vous sera donné de voir. Allez marcher au Parc Des chutes et perdez-vous-y dans les sentiers, dirigés par le bruit des chutes ou des pics à glace sur les parois par une froide journée d’hiver. Allez prendre un verre à la microbrasserie des Fous Brassants ou une bonne bouffe sur la rue Lafontaine, laissez tomber vos grands Cinéplex et allez au cinéma Princesse, son architecture vous surprendra et sa convivialité changera vos perspectives de ce que doit être l’amusement grand public. Vivez la ville, humez-la!

Mais si j’ai changé mon vocabulaire et suis passé de Rivière-du-Loup à RDL, de Bas-St-Laurent à dans le Bas et de là-bas à chez nous, c’est à cause des gens. Chaleureux, il faut l’être quand l’hiver peut vous surprendre à tout moment; ils sont les lames de neige du pays, ils vous forcent à ralentir le rythme; dynamiques, ils ont la fibre entrepreneuriale et la créativité de se renouveler constamment, avant-gardistes bien avant les autres que cela ne déplaise aux détracteurs des régions éloignées; ils se reconnaissent entre eux et sont fiers de ce qu’ils ont, le calme bien ancré; ouverts, parlez aux gens, ils proviennent de partout et pourtant sont profondément Louperivois. Ils sont le fleuve; au gré des courants et des intempéries, ils maintiennent leurs racines et leurs histoires, immuables dans la pureté du vent.

Si l’adage « Qui prend mari, prend pays » est vrai alors je crois que c’est le pays qui ma pris avant.