« J’ai pas le temps ». Voilà tout est là : savoir choisir son moment. Je vous mets au défi de dire « Je n’ai pas pris le temps ».

Voilà, elle est là, la rentrée s’est pointée à nouveau. Plein de parents qui osent, dans un demi-souffle et presque sans honte s’écrier « Enfin ! », saturés d’être des animateurs en service de garde improvisés depuis un peu trop longtemps. Déjà et trop vite, ce que le prof que je suis se dit. La rentrée, ce mot qui rhyme avec la fin des vacances, l’odeur des cahiers neufs, les stylos rouges de nouveau prêts à affronter toutes ces perles d’erreurs ou ces beautés d’écriture, l’anxiété des petits et des grands, les premiers autobus jaunes, les parents inquiets et collants, le retour du bruit dans les corridors et les trop nombreux cafés. Mais il y aussi la maman en moi, celle qui déteste le retour des boîtes à lunch, qui transforme ses soirées en Spartan Race du covoiturage, qui fait de la planification le mot d’ordre de ses journées, qui devient la méchante contrôlante autour de la table de cuisine, devenue table à supplices lors des devoirs, qui regarde les brassées s’accumuler et qui crie haut et fort tel un entraîneur olympien « Go, Go, Go ON A PAS LE TEMPS!!! ». Pas le temps pour quoi au juste? De prendre son temps! Est-ce que la vie doit se résumer à courir? Prenons-nous vraiment le temps d’arrêter, d’écouter, d’observer, d’attendre? Nous sommes toujours lancés dans un continuel flot d’express. Tout doit être fait, bien, parfaitement, cordé serré. C’est ça avoir des enfants me direz-vous! Il faut contrôler, finir notre « to do list », être performants. Et eux, nos petits et nos grands qu’attendent-ils? Ils vous le diront, du temps! Ça tombe mal, on a pas ça justement alors on leur répète que c’est pas possible tout en postant sur Facebook notre journée, qu’il n’y a personne d’autre pour le faire alors qu’ils peuvent très bien nous aider, qu’il faut aller se coucher parce qu’après les 2-3 heures de Tv , Jeux vidéos, activités sportives et parascolaires multiples et bien d’autres, ben c’est fini pis demain c’est l’école. On aura le temps en fin de semaine ça c’est sur, entre un match de hockey, une pratique de gymnastique, une épicerie et un souper chez mamie.

Il y a des dizaines de façon de vivre son temps .Avez-vous déjà lu en famille, peu importe que ce soit des images, des rêves transcrits, des intrigues ou des contes de fées? Essayez- le! Personne ne se parle et pourtant tout le monde communique en symbiose apaisante. Demandez-vous comment était la journée? Ne vous arrêtez pas à « c’était cool », vous seriez surpris de tout ce qu’ils ont à dire. Les bordez- vous encore peu importe leur âge, ça s’adapte …un bonne nuit, un à demain, un bisou (oui oui ils aiment ça).

Choisir son temps, ce n’est pas choisir à quel moment cela rentre dans l’horaire, c’est choisir ce que votre temps devient, c’est choisir ce qui est important, les moments spontanés aussi courts ou rares soient-ils et oui vous avez le pouvoir de le contrôler et l’organiser ça aussi ! C’est laisser de côté votre panière, votre vaisselle, votre super calendrier de super parents (vous en avez tous un sur votre frigidaire) et respirer, vivre l’instant dans la routine. Nous avons tous une vie « pas de vie » mais si vous osez, vous risquez de découvrir comme tout cela n’a subitement plus d’importance et comment vous allez à votre tour avoir l’impression de respirer, d’avoir ce fameux temps précieux pour tous, vous incluant.

A la fin de l’année, il ne me reste jamais de cahiers neufs, mes stylos sont tous vides de leur encre, les autobus quittent pour une dernière fois et le calme revient. Pourtant je suis accompagnée de centaines de sourires, de beaucoup de secrets avoués, de liens à vie et de bonheurs simples partagés. Et lorsque je dépose mon sac d’école dans mon entrée, je sais ce qu’il est advenu de mon temps.