La maladie mentale affecte plusieurs personnes chaque année directement ou « par la bande ». Il faut savoir s’interroger, oser en parler et surtout, écouter les silences.

Combien de fois ais-je entendu cela? N’attendez pas un chiffre impressionnant, seulement quelques fois; parce qu’avec leur regard de jeunes ados, c’est ce qu’ils ont entraperçu, du moins ressenti. Un malaise dans l’atmosphère, qu’ils ne pouvaient décrire ou même comprendre, une différence dans leur vie standardisée. Alors, « au travail à papa », ils sont passés vite, ils l’ont évité le plus possible parce que papa, il travaille dans un endroit spécial.
Ils ont eu peur. Ce ne sont que des enfants après tout, c’est normal non? Et vous, êtes-vous si loin de ce qu’ils perçoivent ? Vous devez me trouver raide d’utiliser le mot « fou » pour parler de personnes atteintes de maladie mentale. Pourtant, c’est ce que j’entends ou alors, en version plus hard, « bizarres, fuckés, mongoles ». Ils sont malades, point.
C’est difficile à saisir, je le sais car j’ai côtoyé la maladie mentale. J’ai bien écrit côtoyé parce que c’est ça que tu fais, tu vis à côté de, tu ne vois rien venir et surtout, tu ne comprends rien.
Vous savez certainement ce qu’est Bell Cause pour la cause puisque chaque année, cette large campagne informative vise à démystifier la maladie mentale. Personnalités connues à l’honneur, nous nous mobilisons l’espace d’une journée parce que nous nous reconnaissons dans le monsieur, madame Tout-le-Monde. Nos murs Facebook se tapissent de nouvelles photos de journal en appui, rappellent à tous nos amis qu’il faut s’intéresser à l’autre pour contrer la stigmatisation. Cette initiative est extraordinaire par la visibilité qu’elle donne et le puissant message transmis. Un arrêt dans le temps pour tous, pour se décentrer de son nombril et se rappeler que nous avons tous et chacun une histoire rattachée à la santé mentale. Mais qu’arrive- t-il ensuite? Connaissons-nous vraiment le visage de la santé mentale; ceux qui en souffrent, qui travaillent dans les milieux, qui le vivent, qui apportent leur support quotidiennement, qui déploient des efforts et instaurent des programmes pour une réinsertion sociale effective? MEA CULPA, pas moi.
Je ne suis pas psychiatre ou spécialiste, je ne travaille même pas dans le domaine de la santé mais je sais qu’il n’y a aucun problème de santé mentale minime car ils relèvent tous de la mise en place sournoise de mécanismes complexes. On est familier – et c’est quand même triste à dire- avec la dépression ou la bipolarité mais ce sont aussi les personnes atteintes de schizophrénie, démence, ou paranoïa; un ensemble de déconnexions d’une certaine norme de la réalité. Une simple pilule ne vous guérit pas. Comme lorsque toute chose est inconnue, il faut s’éduquer, écouter et discuter.
Papa travaille avec des humains
J’y suis allé moi aussi au « travail à papa », à «La Maison d’En Face ». En face de quoi? De l’hôpital Sainte-Thérèse, où se retrouvent les services médico-légaux et où plusieurs personnes atteintes de problématiques de santé mentale se retrouvent incarcérées. Lorsqu’on les juge stables et aptes à être relocalisés, cette maison, affiliée au CIUSSS, leur offre un accompagnement dans un environnement encadré, propice à travailler leur autonomie et leur socialisation.
Dans cette maison, c’est un peu de répit grâce à d’autres humains; des éducateurs, qui, avec grand altruisme, établissent des plans personnalisés, accompagnent pour des soins médicaux essentiels, apprennent à décoder constamment et bâtissent des routines visant le retour à un certain équilibre.
De l’autre côté des portes de « La Maison d’En Face », il y a un homme, qui vous donnera une petite note, écrite tout croche, incompréhensible mais qui n’attendait que vous pour communiquer, dans son monde à lui; vous croiserez les yeux allumés de ceux qui s’apprêtent à faire une sortie, dans le « vrai » monde. Vous les trouverez bienheureux et vous vous demanderez s’ils s’en rendent compte. Peut-être que leurs mondes à eux trouvent notre monde à nous un peu à l’envers?
Qui nous garde contre ça? De ce moment où ça bascule, où tu n’avais pourtant jamais choisi le vide. Ces personnes atteintes de maladie mentale ont un entourage; d’autres individus, avec malheureusement trop peu de ressources et en désarroi, touchés par la bande. L’impact est majeur et nous nous devons de causer aussi en leurs noms. Lorsque l’autre avec toi tombe, personne ne sait quoi dire de juste, comment pourraient-ils? À « pauvre toi, comment fais-tu? », je répondrais : on ne fait pas, on fait avec, on avance lentement, vraiment lentement et on ressort de l’abîme où la maladie mentale t’a entrainée sans que tu n’ais à y voir quoi que ce soit.
Choisir les bons mots, c’est par là que nous devons débuter pour vaincre l’isolement et entamer le vrai dialogue et surtout pour que j’entende les enfants dire « papa aide des gens qui sont malades, point ».

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