Lorsque le départ est digéré, les routines s’installent. Je vais briser votre monde de licornes. Une vie de couple, c’est une vie de couple, peu importe le lieu.

Moi ici, la vie n’a pas vraiment changé. Métro, boulot, dodo…pas collé. J’ai peu d’adaptation à faire si ce n’est une gestion quotidienne un peu chamboulée. Mais on s’habitue à tout et malgré le déséquilibre temporaire des deux premières semaines, tout se « recase » très vite. C’est fou comment l’être humain se modifie à son environnement pour vivre dans de nouvelles conditions. Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas vu, elle, mais Wonderwoman is back.

Lui, là-bas, c’est tout autre chose. Je ne connaîtrai pas le fin fond de ses pensées ou de ses coups de gueule mais je sais qu’il s’inquiète de ne pouvoir être là pour aider et est désolé bien plus souvent qu’avant. Et moi, je m’inquiète pour son estomac, sans aucune raison ; c’est le syndrome de la maman en moi. L’Afrique, ce n’est pas votre MÉTRO ou votre IGA. On peut y trouver de tout, sauf qu’il faut être créatif, patient et surtout pas difficile. Si vous êtes attachés à vos classiques, vous allez être bien malheureux. Laissez-vous le temps, vous finirez par avoir ce que vous voulez (ou presque). Mon homme est passé de trouver du pain, des pâtes, un ou deux légumes, à se réjouir devant de la viande congelée (viande étant un mot générique englobant les croquettes), à se préparer des repas internationaux- tout est pas mal importé, pas trop dur de verser dans l’international. Il a rêvé de se trouver un cochon à engraisser et tuer lui-même tel un Martin Picard en herbe (mais dans un pays musulman, ça passerait moins bien). Le riz est pas mal l’équivalent de notre patate nationale. Même être végétarien, c’est pas évident ! Il faut aller au marché, fouiner, espérer et négocier. Mais bon, il n’est pas en train de mourir de faim non plus ; c’est juste qu’un burger maison devient la meilleure chose EVER !

Gérer à distance

Ça se fait bien ; bon c’est sûr que c’est à coup de courriels pis de Messenger pis de décalage horaire mais on survit. Je n’ai perdu aucun de mes enfants, on a réussi à faire nos impôts, le déneigeur est passé et le frigidaire est rempli. La différence, c’est ce qui se dit ou pas. Quand t’es la femme de, tu ne veux surtout pas mettre de stress à ton expat. Il doit déjà s’adapter à un nouvel emploi, de nouvelles coutumes, des langues internationales, un nouveau cercle social, en plus de sa bouffe ! Alors, tu filtres l’info que tu donnes : si c’est pas grave, pis que tu peux gérer seule, ben c’est pas vraiment essentiel. T’es mieux de garder ton « temps wi-fi » pour les fois où tu auras vraiment besoin de ventiler et dire 10 fois suite que tu t’ennuies pis que tu l’aimes, pis que t’as hâte, pis que c’est plate, surtout le dimanche soir. Ouaip, ça va arriver ces moments-là. Et puis, j’ai des supers pouvoirs maintenant. Je suis devenue une machine à compter les fuseaux horaires. Je n’ai jamais été aussi bonne en calcul mental. Chaque fois que je regarde l’heure, y a deux chiffres automatiques, ici et là-bas. « Ah, il soupe ; ah, il va se coucher ; ah, il est déjà au travail », toujours un discours en double, une pensée en double, des suppositions en double. Wonderwoman souffre de dédoublement de personnalité.

« Pour bien aimer un pays, il faut le manger, le boire et l’entendre chanter ».- Michel Deon

Se raconter à distance

Si vous saviez combien de fois je me trouve ennuyante à parler du quotidien ; y a rien d’excitant dans parler du courrier qu’on a reçu ! Je sais que mon expat aime ça lui ; il reste connecté à ce qui se vit, comme s’il était présent. Et pourtant, quelle chance de pouvoir communiquer quotidiennement. Je remercie tous les brillants génies informatiques de ce monde. Ça va super bien généralement, s’il ne manque pas d’électricité, de réseau ou que tu t’étais imaginé que tes données sont vraiment illimitées (avec plusieurs « s »). Ce qui fait que je suis passée de « Yeah ! je lui parle tout le temps » à « Bon ben, je vais attendre ». Au début, je me faisais toutes sortes de scénarios catastrophes (oui, je suis une fille) et puis, ça passe. Il reste les courriels quand l’instantané ne fonctionne plus. Dans la section « manque de romantisme », on ne fait pas mieux **En passant** Merci à tous les magazines féminins qui nous rappellent à quel point c’est important d’entretenir notre couple et de mettre du piquant. Je les invite fortement à se « pimenter l’aventure » via Internet pour voir ! Wonderwoman a des limites.

Alors c’est ça notre nouvelle routine, celle qui fait que lorsque j’entends des couples se plaindre de ne pas avoir de mordant dans leur vie, je leur rappelle de se calmer le téléroman. Moi ici ou lui là-bas, on n’est pas des super-héros, on vit tout, exactement comme avant : à deux.